Musée National Eugène Delacroix
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Portrait de Thales Fielding

Eugène Delacroix (1798-1863)

© Louvre / A. Dequier

Eugène Delacroix
(1798-1863)

Huile sur toile
vers 1824
H. 0,323 m ; L. 0,248 m
Achat, 2009
MD 2009-1

Les deux portraits de Thales Fielding par Delacroix et d’Eugène Delacroix par Thales Fielding, peints l’un et l’autre vers 1824-1825, constitue un témoignage émouvant d’une amitié qui compta dans leur vie respective. Ces deux tableaux ne sont pas des autoportraits, exercice auquel répugnait Delacroix. Plus exactement, chacun posa pour l’autre avant que le retour de Fielding en Angleterre en 1824, après plus de trois années à Paris, ne les sépare.

 

Thales Fielding (1793-1837) et sa fratrie

La fratrie britannique des Fielding, les cinq fils du peintre Théodore Nathan Fielding, s’installe progressivement à Paris à partir de 1820, à l’instigation de l’éditeur suisse Jean-François d’Ostervald qui cherche des paysagistes pour ses albums de lithographies pittoresques. Ainsi, ils participent ensemble au recueil des Excursions sur les côtes et dans les ports de Normandie. Par ailleurs, les Fielding enseignent la lithographie et l’aquarelle, tout d’abord dans leur atelier de la place Dauphine puis au 20 rue Jacob. Raymond Soulier, qui y est initié, invite son ami Delacroix : ainsi ce dernier se lie-t-il avec Thales qui lui propose de partager son atelier. Leur amitié paraît culminer en 1824 ; dans son Journal, Delacroix évoque souvent la présence du peintre anglais à ses côtés. Au Salon cette année-là, avec Bonington, le portraitiste Lawrence et le paysagiste Constable, Thales Fielding expose pas moins de neuf oeuvres, dont une petite aquarelle représentant Macbeth rencontrant les sorcières sur la bruyère (n° 647) à l’élaboration de laquelle Delacroix a participé et que Stendhal admire particulièrement... De retour en Angleterre en octobre 1824, Thales poursuit une carrière moins brillante que celle de son ami laissé en France. Paysages ou sujets littéraires plutôt que portraits, ses œuvres sont régulièrement exposées à la Société royale des peintres en aquarelle où il est élu en 1829, ainsi qu’à la British Institution. Il finit sa vie comme professeur à l’Académie militaire royale de Woolwich, poste néanmoins doté d’un salaire confortable. Peu de ses œuvres sont actuellement localisées, même si l’on trouve quelques-unes de ses aquarelles et estampes au British Museum et au Victoria and Albert Museum de Londres, à la Whitworth Art Gallery de Manchester et au Paul Mellon Center for British Art à Yale University.

Preuve d’une amitié durable, le maître conservera dans ses lieux de vie parisiens successifs son portrait de Thales Fielding, dont Achille Piron se portera acquéreur à sa vente après décès. Delacroix nous rend sympathique ce jeune artiste britannique à l’expression vive et au regard clair, dont l’allure alerte répond à la touche enlevée du maître. En retrouvant l’atelier de la place de Furstenberg (acquisition 2009), ce portrait rejoint avec à propos le portrait présumé de son frère Newton sur les cimaises du musée.

Delacroix et l’Angleterre

De l’atelier de la rue Jacob où il est désormais installé, Delacroix dit à son ami Soulier sa peine d’avoir « vu partir le bon Thales » (lettre à Soulier, 11 octobre 1824). On sait combien Delacroix est sensible à l’amitié, surtout quand il partage, avec l’ami, la passion de son art. Avec Fielding, il a surtout travaillé la technique de l’aquarelle, apprenant à dépasser le simple usage de la peinture à l’eau en intégrant rehauts de gouache, grattage et emploi de gommes et de vernis. Il répond dès l’année suivante à son invitation et se rend à Londres, comme Géricault avant lui, pour trois mois, entre mai et août 1825. Ce séjour nourrit son intérêt passionné pour la littérature et la peinture anglaises, source d’inspiration récurrente pour toute sa vie d’artiste. Il assiste à plusieurs pièces de Shakespeare -Othello, Richard III, le Marchand de Venise- avec le fameux acteur Kean dans le rôle principal. Il est reçu par le grand portraitiste sir Thomas Lawrence ainsi que par les peintres David Wilkie et William Etty. Il retrouve bien sûr les Fielding mais aussi Bonington, le second ami anglais cher à son cœur, qui succédera à Thales Fielding dans l’atelier parisien, et avec lequel il dessine durant ce séjour londonien.

Documentation

André Joubin, Correspondance générale d’Eugène Delacroix, Paris, 1935, vol.1

Patrick Noon, in Crossing the Channel, British and French painting in the Age of Romanticism, catalogue exposition, Londres, Tate Britain, 2003, p.50, n° 1 et 2, repr.

Christophe Leribault, "Deux portraits d’amitié réunis ", in Gazette de l’Hôtel Drouot, 8 mai 2009, p. 180-181, repr.

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