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Mirabeau et Dreux-Brézé, le 23 juin 1789

Eugène Delacroix (1798-1863)

@ RMN / F. Raux

Eugène Delacroix
(1798-1863)

Huile sur toile
1830
H. 0,68 m x L. 0,82 m
Société des Amis d’E. Delacroix,1942
RF 1953-41

C’est avec verve et une étonnante économie de moyens que Delacroix brosse cette esquisse préparatoire au tableau soumis au concours de 1830. Celui-ci avait été organisé par l’État pour la décoration de la nouvelle salle des séances de la Chambre des députés (Assemblée nationale).

La composition définitive est conservée à la Ny Carlsberg Glyptotek à Copenhague.

 

Il s’agit ici de l’esquisse, avec quelques variantes, pour le tableau peint par Delacroix en 1831 et conservé à Copenhague (Ny Carlsberg Glyptotek). A droite, le marquis de Dreux-Brézé vient de signifier aux représentants du Tiers-Etat l’ordre de dispersion émanant du roi Louis XVI dont on aperçoit le trône vide surmonté d’un baldaquin. Au centre, Mirabeau, entouré et suivi des députés, souligne de la main son refus d’obéir.

Le concours de 1830

Emprunté à l’histoire de la Révolution de 1789, ce sujet avait été mis au concours organisé peu après la Révolution de 1830, pour la décoration de la salle des séances de la Chambre des députés. Deux autres sujets avaient été proposés : le Serment de Louis-Philippe à la charte constitutionnelle, le 9 août 1830 et Boissy d’Anglas à la Convention, saluant la tête du député Féraud.

Delacroix concourut pour le Mirabeau et le Boissy d’Anglas, mais aucune de ses toiles ne fut retenue, bien que ses esquisses aient été appréciées (la peinture du Boissy d’Anglas se trouve au musée des Beaux-Arts de Bordeaux ; le musée Delacroix conserve un exemplaire de la gravure exécutée à l’eau-forte par Félix Bracquemond en 1881). Sans doute, l’interprétation donnée par l’artiste ne correspondait pas à la finalité politique du programme établi par Guizot, alors ministre de l’Intérieur.

De l’esquisse à l’œuvre achevée

De l’aveu même du peintre, l’important n’était pas de se conformer à la vérité historique, mais de mettre l’accent sur l’affrontement des deux hommes de façon à amplifier la force émotionnelle émanant du groupe compact des députés. Delacroix note dans son Journal le 4 octobre 1854 : "cette émotion, qui anime toute une assemblée comme elle animerait un seul homme, doit être exprimée absolument". Le peintre la signifie de manière particulièrement perceptible dans cette esquisse, où les coups de pinceau fluides soulignent la tension des corps exprimant la volonté commune de l’assemblée face à celle du roi.

L’œuvre définitive ne fut pas retenue par le jury : il est vrai qu’en l’achevant, le peintre a quelque peu éteint son élan créatif, avouant d’ailleurs dans sa Lettre sur les concours (publiée dans L’Artiste, mars 1831) : " L’artiste enfermé dans un atelier, inspiré d’abord sur un ouvrage, est plein d’une foi sincère qui seule produit les chefs d’oeuvre ; vient-il par hasard à porter les yeux au dehors sur les tréteaux où il va figurer et sur ses juges, aussitôt, son élan s’arrête...il change, il gâte, il s’épuise ; il veut se civiliser et se polir pour ne pas déplaire."

Documentation

Lee Johnson, The paintings of Eugène Delacroix, a Critical Catalogue, Volume I, Oxford, 1981, n° 145, p. 151, repr. 128.

Marie-Claude Chaudonneret, "Le concours de 1830 pour la Chambre des Députés : deux esquisses d’A. E. Fragonard au Louvre", in Revue du Louvre, 2-1987, pp. 128-135.

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