Musée National Eugène Delacroix
Accueil > Les collections > Peintures > L’Education de la Vierge

L’Education de la Vierge

Eugène Delacroix (1798-1863)

© RMN / J-G. Berizzi

Eugène Delacroix
(1798-1863)

L’Éducation de la Vierge
Huile sur toile
Signé en bas à gauche : Eug. Delacroix/1842
Achat ; MD 2003-8

Delacroix réalisa ce tableau en 1842, au cours d’un séjour d’un mois à Nohant, dans la propriété berrichonne de George Sand. Parti pour se reposer chez son amie, il écrivit cependant très vite à son camarade d’enfance, Jean-Baptiste Pierret, pour lui demander de lui envoyer des couleurs car dit-il- « Je vais m’amuser avec le fils de la maison à entreprendre un petit tableau pour l’église du lieu ». Quelques jours plus tard, dans une lettre adressée à son ami Frédéric Villot cette fois, il raconte qu’il a entrepris, malgré ses résolutions de repos, une Sainte-Anne pour la paroisse. Le sujet le préoccupait car il en parle à nouveau dans une dernière missive qu’il envoie à Pierret à la fin du mois « Les femmes ont toutes l’air de ces figures douces qu’on ne voit que dans les tableaux des vieux maîtres. Ce sont toutes des sainte Anne ». En définitive Delacroix offrit sa toile à George Sand et c’est la copie de Maurice Sand qui sera accrochée sur l’autel de l’église du village.

 

Un tableau très documenté


Quand George Sand vendit la toile en 1864 à Edouard Rodrigues, elle raconta à ce dernier comment Delacroix avait trouvé la composition. Le peintre lui aurait confié : « Je viens de voir en rentrant, dans le parc, un motif de tableau superbe, une scène qui m’a beaucoup touché. C’était votre fermière avec sa petite fille. J’ai pu les regarder tout à mon aise derrière un buisson où elles ne me voyaient pas. Toutes deux étaient assises sur un tronc d’arbre. La vieille avait une main posée sur l’épaule de l’enfant qui prenait attentivement une leçon de lecture. Si j’avais une toile, je peindrais ce sujet. » Dans une seconde lettre adressée au même destinataire le 25 février 1866, l’auteur de Lélia précisait que la toile avait été découpée dans de la toile à corset. Pendant que Delacroix peignait, elle lui lisait des romans. Sa bonne et sa filleule posèrent pour le peintre, pendant que Maurice copiait au fur et à mesure afin d’étudier le procédé du maître.

La composition

Dans le tableau, la Vierge et sainte Anne sont seules, disposée côte à côte au milieu d’un paysage plutôt majestueux. La scène qui aurait pu être tout simplement familière prend ici un aspect plutôt étrange, étouffée, enfermée qu’elle est par les frondaisons touffues des arbres.

Seule concession à la tradition iconographique, symbole de la virginité de Marie et aussi allusion à ce qui l’attend, est l’alignement intermédiaire des buissons de roses. L’ensemble est soutenu par une harmonie de tons particulière, également inhabituelle dans la palette de Delacroix. A la densité des verts répond les couleurs aux accents quelque peu maniéristes des drapés, vêtements intemporels portés par les deux femmes.

Le sens de l’œuvre

Cette peinture semble avoir suffisamment d’importance pour Delacroix pour qu’il souhaite la présenter au Salon de 1845. Elle fut cependant refusée dès le premier tour par le jury.

De nombreux historiens se sont interrogés sur ce sujet inhabituel dans l’œuvre de Delacroix. Certes , le vocable de l’église pour laquelle le tableau était destiné a sans doute présidé au choix du sujet. Nombreux sont ceux qui ont souligné qu’au contact avec George Sand, grande passionnée des jardins, l’intérêt du peintre s’était ouvert à la nature et à la beauté des fleurs. Enfin, sans doute Delacroix a-t-il été sensible à certaines grandes discussions qui ne devaient pas manquer avoir lieu lors des soirées à Nohant, celles qui se réfèrent à la grande préoccupation de l’hôte des lieux, fortement engagée dans l’éducation des filles comme l’un des principaux facteurs d’émancipation des femmes.

Bibliographie sélective :

Michèle Hannoosh éd., Eugène Delacroix. Journal, Paris, José Corti, 2009, t.2, p. 1542 ; André Joubin éd.,Correspondance générale d’Eugène Delacroix, Paris, Plon, 1935-1938,, t. II, p. 106-109, 195 et 213 ; Lee Johnson, The Paintings of Eugène Delacroix. A Critical Catalogue, Oxford, Clarendon Press, 1981, t. III, n°426.

Revenir en haut de page
Musée du Louvre
Crédits | Contacts | Société des amis | Réseaux sociaux | Correspondance de Delacroix | Boutique