Musée National Eugène Delacroix
Accueil > Les collections > Peintures > Autoportrait dit en Ravenswood ou en Hamlet

Autoportrait dit en Ravenswood ou en Hamlet

Eugène Delacroix (1798-1863)

© RMN / D. Arnaudet

Eugène Delacroix
(1798-1863)

Huile sur toile
c.1821
H. 0,41 m x L. 0,33 m
Don Paul Jamot à la Société des Amis de Delacroix, 1943
RF 1953-38

Vraisemblablement exécutée vers 1821, cette peinture compte parmi les autoportraits, peu nombreux, du peintre. Delacroix s’y représente sous les traits d’ Edgar Ravenswood, personnage d’un roman de Walter Scott, Lucie de Lammermoor, paru en 1819.

L’identification du peintre au héros malheureux, l’état inachevé du tableau dont les tons sombres renforcent le caractère ténébreux révèlent ici un Delacroix romantique, bien différent de l’homme mûr et assuré que présente l’Autoportrait au gilet vert (Paris, musée du Louvre).

 

Si, de son vivant, Delacroix semble avoir été soucieux de laisser à la postérité une image fidèle à lui-même, prodiguant ses recommandations aux artistes qui gravaient son portrait, force est de constater que le maître n’a laissé de lui qu’un petit nombre de portraits peints ou dessinés, le plus célèbre étant l’Autoportrait au gilet vert exécuté vers 1837 et légué à sa fidèle servante Jenny le Guillou, pour qu’elle le donne ensuite au musée du Louvre.

Un portrait romantique : Delacroix éprouvé

Ce portrait de jeunesse inachevé, dont les teintes sombres accentuent le mystère, a suscité maintes interrogations quant à l’identification du personnage choisi par Delacroix comme son double. Parce que le châssis portait une annotation au crayon, de la main du peintre : "Raveswood" [sic], il a été généralement admis que Delacroix s’était représenté dans le costume d’Edgar Ravenswood, héros du roman de l’écossais Walter Scott, Lucie de Lammermoor, paru en 1819 et traduit peu après en français. Le costume à l’espagnole, agrémenté d’une grande cape noire, porté par Delacroix, correspond en effet à la description que Scott donne de son personnage, fils maudit d’Espagnol, dépossédé de la terre de ses ancêtres à la mort de son père. Or, les enfants Delacroix se trouvaient à cette époque dans une situation analogue, au bord de la ruine, à cause de la perte irrémédiable de la forêt de Boixe, propriété de leur mère récemment décédée et revendiquée par une meute de créanciers. L’hypothèse également avancée, suite à un article de L. Rouart paru en 1907 dans la revue Les Arts, selon laquelle Delacroix aurait voulu s’identifier à l’un des personnages de Shakespeare, Hamlet, ne repose en revanche sur aucune argumentation plausible.

...et malade

Delacroix, éprouvé dans sa situation familiale, l’était alors également dans sa santé, ce qui expliquerait ici les traits émaciés de son visage. A l’automne 1820, il était atteint d’une fièvre qui ne le lâchait pas, comme en témoigne une lettre à son ami Pierret : "La nuit ne m’apportait que de la fatigue, je ne faisais pas deux pas sans éblouissement, je ne pouvais écrire sans avoir la tête fendue." (A. Joubin, Correspondance, lettre à J. B. Pierret, 20 octobre 1820). Certes, l’artiste a le teint pâle mais déjà son expression est fougueuse et déterminée, témoignant de cette sorte d’élégance, de distance que l’on retrouve dans la plupart des portraits exécutés de son vivant.

Documentation

George Heard Hamilton, "Hamlet or Childe Harold ? Delacroix and Byron" in Gazette des Beaux-Arts, volume XXVI, juillet-décembre 1944, pp. 367-386.

Lee Johnson, The paintings of Eugène Delacroix, a Critical Catalogue, Volume I, Oxford, 1981, n° 64, repr. 58.

Véronique Moreau , in Delacroix en Touraine, catalogue exposition Tours, musée des Beaux-Arts, 1998, notice S.1, repr.p.20.

Revenir en haut de page
Musée du Louvre
Crédits | Contacts | Société des amis | Répertoire des ventes | Correspondance de Delacroix | Jeux | Boutique