Musée National Eugène Delacroix
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Francisco José de Goya y Lucientes
"Quien mas rendido"

Francisco José de Goya y Lucientes
Fuendetodos, 1746 – Bordeaux, 1828
« Quien mas rendido ? »
Planche 27 des Caprices, 5e état
Eau-forte et aquatinte
Don de la Société des Amis du musée Eugène Delacroix (MD 2011-3)

Immense graveur autant que peintre, Goya a aussi exploité le « noir et blanc » de l’estampe avec une expressivité remarquable ; elle lui parut le moyen le plus adapté à la diffusion de ses œuvres et de ses idées. La fameuse série des Caprices, - Los Caprichos -, soit 80 planches, fut publiée en 1799 mais vite interdite.

 

Los Caprichos

Des gens de robe aux gens d’église, de l’enfant au vieillard, de la pauvre femme à la belle dédaigneuse, scènes métaphoriques, scènes de mœurs, scènes d’église, chaque feuille de la série des Caprices , avec son indication moralisante, dépeint l’humaine condition dans une satire subtile et mordante. En 1803, pour sauver son œuvre et la protéger de l’Inquisition, Goya offre ses planches au roi Ferdinand VII en échange d’une pension pour son fils.
La planche 27 des Caprices, « Quien mas rendido », que Delacroix évoque sur une grande esquisse exposée dans l’atelier, stigmatise un courtisan obséquieux courbé dans sa révérence aux pieds d’une belle arrogante. Derrière eux, une société de femmes sans complaisance qui semble les épier. La technique de l’aquatinte jointe à celle de l’eau-forte souligne les effets grisés de la scène en retrait des femmes aux divers âges de la vie, témoins caustiques des protagonistes en pleine lumière. Les fines hachures d’un noir profond évoquent autant la robe de dentelle de la femme que l’habit lisse et brillant de son prétendant.

Tout Goya palpitait en moi

Le département des Arts graphiques du musée du Louvre possède plusieurs études à l’encre d’après les Caprices dessinées par Delacroix dans une composition souvent fragmentaire, dispersée et étonnamment vivante : c’est ainsi que l’on peut retrouver sur l’une d’elles le personnage obséquieusement courbé de la planche 27 (RF 10649). Deux autres dessins de l’artiste s’inspirent de la même planche 27 : l’un est conservé au Fogg Art Museum de Cambridge et l’autre autrefois dans la collection Alfassa. Mais on retrouve surtout ce couple sur la grande esquisse peinte acquise par le musée Delacroix en 2011.
Delacroix découvre Goya chez ses amis Guillemardet, dont le père, ambassadeur à Madrid, avait été portraituré par le peintre espagnol (musée du Louvre). Le registre de la Bibliothèque nationale révèle qu’en 1816, Delacroix consulta un exemplaire des Caprices, confirmation de la fascination qu’exercèrent ces planches sur la génération romantique. Puis il réalise, entre 1820-1824, plusieurs feuilles d’études – ou de copies, notant le 19 mars 1824 dans son Journal : « Passé une excellente journée au musée avec Edouard…Après, vu des Goya avec Edouard », et le 7 avril suivant : « Le soir, Leblond, et essayé de la lithographie. Projets superbes à ce sujet. Charges dans le genre Goya ». En 1832, lors de sa traversée vers l’Afrique du Nord et touchant le sol andalou, enthousiaste, il écrit à son ami Pierret : « Tout Goya palpitait autour de moi ». (24 janvier 1832)
Beaucoup plus tard, Delacroix confie à Laurent Matheron, auteur d’une biographie sur Goya qu’il lui dédie, combien le peintre espagnol « est un grand artiste dont les compositions et la verve m’ont inspiré souvent ». (27 novembre 1858)
A la vente après décès du peintre, le catalogue recense treize estampes de Goya dont le Portrait de Gaulon, Danse espagnole, deux feuilles de Taureaux de Bordeaux, obtenues en 1845 par Delacroix de l’imprimeur lithographe bordelais du maître espagnol, le même Cyprien Gaulon, et six gravures des Caprices qu’il jugeait bien être son "chef d’œuvre". ( Lettre à Laurent Matheron, 10 décembre 1855)

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