Musée National Eugène Delacroix

Alfred

Eugène Delacroix(1798-1863)

©Louvre/Harry Bréjat

Eugène Delacroix
(1798-1863)

Manuscrit autographe 25 folios in 12°
1815-1817
H ; 0,178 m x L. 0,115 m
Reliure demi-maroquin Semet et Plumelle
Don Monsieur et Madame Pierre Guénant, 2012
MD 2012-6

« Un peu d’insistance est nécessaire, et une fois la machine lancée, j’éprouve en écrivant autant de facilité qu’en peignant et, chose singulière, j’ai moins besoin de revenir sur ce que j’ai fait. » C’est ainsi que Delacroix confie à son Journal, le 21 juillet 1850, son goût pour l’écriture. Très jeune, à peine âgé de seize ou dix-sept ans, il s’essaya à la création littéraire ; Alfred, longue nouvelle romanesque, inspirée par l’univers des romans noirs anglais, en témoigne.

 

Les sources d’inspiration d’Alfred

Sans doute, les séjours du jeune Delacroix chez ses cousins Bataille à l’abbaye de Valmont entre 1813 et 1817 lui ont inspiré la rédaction d’Alfred, récit médiéval de trahison et d’amours contrariées qui se déroule en Angleterre sous Guillaume le Conquérant. Delacroix avait-il peut-être lu le livre publié par l’abbé Prévost, Histoire de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et roi d’Angleterre, publié en 1742, et vu le mélodrame tiré de l’ouvrage et joué en 1804 à Paris.

L’histoire tragique d’Alfred

Alfred met ainsi en scène la tragique histoire d’un baron anglais à l’époque médiévale, un exotisme au goût du jour. Le riche Comte de Burtmann, croyant sa mort proche au combat contre les français, s’engage à offrir à Dieu son seul fils et héritier, Alfred, s’il guérit de sa blessure, sur les conseils intéressés de son perfide chapelain Harold. Le charmant Alfred aime Amélie, la fille du châtelain voisin, mais comprend, au retour de son père tant aimé, qu’il va être soustrait à ses amours. Dramatiques hésitations du baron, tortures intérieures du fils, mouvements d’espoirs se succèdent pour aboutir à la fin tragique du père et du fils lui-même.

Delacroix écrivain

Delacroix, jeune homme, dit avoir hésiter entre une carrière d’ homme de lettres ou de peintre. « Que je voudrais être poète. Mais au moins, produis avec la peinture », sʼexhorte-t-il dans son Journal le 11 mai 1824. Fervent épistolier, diariste, critique dʼart, voire romancier et poète dans sa jeunesse, Delacroix a manié autant la plume que le pinceau. L’écriture, comme le dessins, lui permet de garder le fil de ses pensées, de les analyser ; le dialogue intérieur permis par l’écriture perdura jusqu’à la fin de la vie du grand artiste, qui, en écrivant, s’était donné pour modèles, Michel-Ange, le peintre poète, et Michel de Montaigne, l’essayiste, génial analyste de l’âme humaine.

Bibliographie sélective

Dominique de Font-Réaulx, « Musée Delacroix. Nouvel accrochage, Portrait d’un peintre écrivain, » in Grande Galerie-Le Journal du Louvre, juin-juillet 2013, n°24, p.84- 89

Dominique de Font-Réaulx (dir.), Eugène Delacroix, écrivain, témoin de son temps-Ecrits choisis, Paris, Flammarion, 2014, p.11-17

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