Musée National Eugène Delacroix

Alfred

Eugène Delacroix(1798-1863)

©Louvre/Harry Bréjat

Eugène Delacroix
(1798-1863)

Manuscrit autographe 25 folios in 12°
H ; 0,178 m x L. 0,115 m
1815-1817
Reliure demi-maroquin Semet et Plumelle
Don Monsieur et Madame Pierre Guénant, 2012
(MD 2012-6)

« Un peu d’insistance est nécessaire, et une fois la machine lancée, j’éprouve en écrivant autant de facilité qu’en peignant et, chose singulière, j’ai moins besoin de revenir sur ce que j’ai fait. » C’est ainsi que Delacroix confie à son Journal, le 21 juillet 1850, son goût pour l’écriture.

 

Son talent d’écrivain, si manifeste en effet dans le Journal, l’est déjà dans cette courte nouvelle historique et romanesque, « Alfred », écrite d’une petite écriture serrée et régulière dans les années 1815-1817, et qui met en scène la tragique histoire d’un baron anglais à l’époque médiévale, un exotisme au goût du jour. Le pauvre Comte de Burtmann, croyant sa mort proche au combat contre les français, s’engage à offrir à Dieu son seul fils et héritier, Alfred, s’il guérit de sa blessure, sur les conseils intéressés de son perfide chapelain Harold. Car le baron est très riche.
Le charmant Alfred aime Amélie, la fille du châtelain voisin, mais comprend, au retour de son père tant aimé, qu’il va être soustrait à ses amours. Dramatiques hésitations du baron, tortures intérieures du fils, mouvements d’espoirs se succèdent pour aboutir à la fin tragique du père et du fils lui-même.
Le jeune Delacroix use d’un style si délié qu’il se corrige peu, décrivant avec flamme et pertinence les sentiments mouvementés qui animent ses personnages. En jeune écrivain engagé, il ne manque pas de défendre ses idées libérales pour fustiger le vilain clerc manipulateur du pauvre baron : « Dans ces siècles ténébreux où penser par soi-même et voir par ses yeux était un crime, où la route tracée était la seule que les hommes puissent suivre, où le génie, comprimé dans les bornes étroites que l’ignorance et le fanatisme lui avaient défendu de franchir, était obligé de ramper et de se courber sous le joug des usages alors reçus, des superstitions enracinées dans le cœur des peuples, des erreurs qui égaraient le monde entier, faut-il s’étonner que des hommes adroits et artificieux soient parvenus à gouverner les hommes par des moyens aussi grossiers. ? Le génie indigne élevait-il la voix, la raison lassée de tant d’outrages essayait-elle de se faire entendre, les prêtres criaient à l’impiété, à l’anathème. Un peuple fanatique qui croyait toucher à la destruction totale si les vieux préjugés étaient effleurés, se levait pour châtier l’audacieux, qui seul s’était aperçu de son avilissement, et le feu était la récompense du téméraire assez malheureux pour n’ être pas aussi abruti que ses concitoyens. Tel a été l’état de l’Europe pendant plus de quinze siècles. » (folio 9)
Si le jeune écrivain plaide ici avec talent pour la liberté, le peintre saura, des années tard, user du génie de sa palette pour la défendre.

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