Musée National Eugène Delacroix
Accueil > Les activités > Spectacles et conférences : Des Lumières au Romantisme : de Voltaire à Delacroix

Des Lumières au Romantisme : de Voltaire à Delacroix

Rencontre dans l’atelier
Mercredi 15 avril à 18h30

Etienne Carjat, Portrait de Delacroix
Etienne Carjat, Portrait de Delacroix

© RMN-Grand Palais / Gérard Blot

« Je lis toujours Voltaire avec délices », écrivait Eugène Delacroix dans son Journal, le 1er août 1860. Alors qu’il était de bon ton, à l’époque, de critiquer les Lumières et ses figures de proue - Baudelaire ne qualifiait-il pas le philosophe de Ferney d’anti-poète, de roi des badauds, de prince des superficiels, d’anti-artiste, de prédicateur des concierges ? - Delacroix multipliait les éloges l’égard de Voltaire allant jusqu’à le qualifier de « prodige ». Comment expliquer son engouement pour un auteur adulé au XVIIIe siècle, couronné sur la scène de la Comédie-Française à la fin de sa vie ? Ce Voltaire moqué par Lamartine, Musset et la plupart des Romantiques ? Serait-ce le classicisme de Delacroix qui perce sous cette admiration ? Quelles facettes du Voltaire retenaient l’admiration du peintre ?

Dans son numéro d’avril, la Revue des Deux Mondes consacre un dossier à Voltaire et à son actualité depuis les attentats de janvier 2015. Le Musée Delacroix lui donne l’occasion de revenir sur les liens qui unissaient Delacroix, chroniqueur de la Revue, à Voltaire.

Avec Valérie Toranian, directrice de la Revue des Deux Mondes, Michel Delon, professeur à la Sorbonne, et Robert Kopp, professeur à l’université de Bâle.

Compte-rendu de la présentation

Dans son numéro d’avril, la Revue des Deux Mondes consacrait un dossier à Voltaire et à son actualité depuis les attentats de janvier 2015. Le 15 avril eut lieu, au musée Delacroix, une discussion sur les liens qui unissaient Delacroix, chroniqueur et lecteur de la Revue, au philosophe. La rencontre fut animée par Michel Delon, professeur de littérature à la Sorbonne, et Robert Kopp, professeur de littérature à Bâle.


Robert Kopp

Parler de liens entre Voltaire et Delacroix pourrait paraître paradoxal. Il était en effet de bon ton, au XIXe siècle, de critiquer les Lumières et ses figures de proue. Musset comme Baudelaire, qui ne s’appréciaient pas, partageaient le même avis à l’encontre du philosophe. Rappelons les vers de Musset dans Rolla, quatrième partie :

Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire
Voltige-t-il encor sur tes os décharnés ?
Ton siècle était, dit-on, trop jeune pour te lire ;
Le nôtre doit te plaire, et tes hommes sont nés.
Il est tombé sur nous, cet édifice immense
Que de tes larges mains tu sapais nuit et jour.

Barbey d’Aurevilly, Stendhal, Théophile Gautier rejetaient Voltaire : les Romantiques étaient rousseauistes.
Une voix se distingua, celle de Delacroix : « Je lis toujours Voltaire avec délices », écrivait-il dans son Journal, le 1er août 1860. Quelles facettes du Voltaire retenaient l’admiration du peintre ?


Michel Delon

« Avec Voltaire, c’est un monde qui finit ; avec Rousseau, c’est un monde qui commence », affirmait Goethe. La citation résume l’impossible rencontre entre Delacroix et Voltaire, et pourtant… La réputation de Voltaire connut des fluctuations au fil des siècles.

• De son vivant Voltaire a toujours voulu être indépendant. Il s’affirmait comme l’homme de ses œuvres, celui qui s’inventait tout seul. L’écrivain se soucia très jeune de son image ; il témoigna d’un sens de la « médiatisation » en rédigeant notamment lettres sur lettres pour ne pas être oublié.
En 1770, des écrivains parmi les plus célèbres se réunirent dans le salon de Mme Necker pour rendre hommage à Voltaire. Une souscription fut lancée afin d’ériger au philosophe une statue de marbre. Pigalle sculpta Voltaire en sage antique.
En 1778, Paris réserva à Voltaire un accueil triomphal : alors que ce dernier assistait à une représentation de sa pièce Irène à la Comédie-Française, son effigie fut couronnée de lauriers et le patriarche longuement applaudi.

• Après sa mort (1778) La Révolution française glorifia Voltaire, ce représentant de la pensée française.
Au début du XIXe siècle, tout le monde encensa « l’un des plus grands poètes de France ». Aucune anthologie ne fit l’impasse sur ses œuvres aussi bien poétiques que romanesques.
La donne changea lorsque la population française se scinda entre les défenseurs du Trône et de l’Autel et les gardiens des idées révolutionnaires. On parla du Voltaire poète, puis du Voltaire historien (auteur de Charles XII), puis s’imposa l’image d’un Voltaire épistolier (figure retenue par Delacroix dans son Journal). Le Voltaire conteur ne fut apprécié que tardivement, de la fin du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale : Candide incarnait l’esprit français.
Jusqu’au début du XXe siècle, le Voltaire anticlérical, sarcastique et irrespectueux répondit aux usages idéologiques et politiques. En 1978, bicentenaire de la mort, l’idée d’un Voltaire anticlérical ne fit plus vraiment sens. Aujourd’hui réapparaît l’image d’un Voltaire luttant contre les intolérances et le fanatisme.


Robert Kopp

Delacroix était un très grand admirateur des anciens (grecs et latins) ainsi que des auteurs classiques français et étrangers (Dante, Shakespeare, Goethe…). Le peintre n’avait que mépris pour la littérature de son temps (Dumas, Sand, Hugo… : personne ne trouvait grâce à ses yeux). Il aimait Bayle, Montesquieu, Le Sage, Mme du Deffand, Casanova et possédait l’Encyclopédie dans son intégralité.
Delacroix ne portait pas Rousseau en haute estime, « cet auteur pour jeunes gens » ; il détestait son hypocrisie. L’homme se déprit du mouvement romantique (Baudelaire l’agaçait). Il haïssait les métaphores et plaidait pour un « enthousiasme raisonnable ».
Le peintre tenait un carnet, sorte de vade-mecum dans lequel il écrivait des phrases de Voltaire, « ce prodige ». Il s’amusait à noter les ressemblances entre le philosophe et lui. Retenons que :

-  tous deux partageaient un amour de la tragédie (Voltaire composa Tancrède et Delacroix avait l’intention de faire un Tancrède) ;
-  le Beau était, pour l’écrivain comme pour le peintre, une valeur relative ;
-  Voltaire a toujours estimé qu’une œuvre d’art devait représenter un ensemble. Delacroix pestait contre l’accumulation de détails.

Jusqu’à sa mort, Delacroix admira « cette merveille de lucidité, d’éclat et de simplicité tout ensemble » qui caractérisait Voltaire (Journal, II, 94).


Télécharger le compte-rendu de la conférence :
http://www.musee-delacroix.fr/IMG/p...

 

Tarifs :

- Tarif plein : 6€

- Tarif réduit : 4€
(Amis du musée du Louvre, jeunes de moins de 26 ans)

- Tarif solidarité : 3€

Réservations :
- paiement sur place au musée Delacroix, de 9h30 à 17h15 et le soir de la conférence en fonction des places disponibles.

- paiement à distance , au 01 40 20 51 77, de 9h à 16h30.

Durée de la conférence : 1 heure

Revenir en haut de page
Musée du Louvre
Crédits | Contacts | Société des amis | Réseaux sociaux | Correspondance de Delacroix | Boutique