Musée National Eugène Delacroix
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NOUVELLE ACQUISITION
Théodore GÉRICAULT
Portrait équestre de Sa Majesté le roi de Westphalie, Jérôme Bonaparte

Théodore GÉRICAULT (1791-1824), d’après Antoine-Jean Gros (1771-1835)
Portrait équestre de Sa Majesté le roi de Westphalie, Jérôme Bonaparte
Vers 1812-1814
Huile sur toile,
H. 48 x l.38 cm
Œuvre acquise par préemption sur les crédits de l’établissement public du Louvre (MD 2013-6)

Théodore Géricault avait exposé très tôt au Salon annuel. Dès 1812, son Officier de la garde (musée du Louvre) avait attiré l’attention de la critique sur ce jeune homme qui, avec une hardiesse et un talent rares, défiait les usages de la peinture d’histoire. Malgré ses succès, malgré la force de son jeune tempérament, Géricault était revenu dans l’atelier de Pierre-Narcisse Guérin (1774-1833), tâchant de se soumettre au joug académique, afin de préparer le Prix de Rome, auquel il échoua en 1816. Ce fut dans cet atelier, où se forma une partie de la génération romantique, qu’il fit la connaissance du jeune Eugène Delacroix. Ce dernier fut, comme la plupart des élèves de Guérin, fasciné par la personnalité et le brio de Géricault. Le peintre demeura, pour Delacroix, un modèle auquel il ne cessa de faire référence dans ses écrits, notamment pour son habileté à atteindre au sublime, pour sa maîtrise remarquable du choix du motif, de l’usage du fragment et de l’ordonnancement de la composition. Les deux jeunes gens devinrent amis ; Delacroix posa pour le jeune homme de dos, à la chevelure brune et fournie, du Radeau de la Méduse (musée du Louvre, 1819). Géricault nourrissait une très grande admiration pour les œuvres d’Antoine-Jean Gros (1771-1835), élève de Jacques-Louis David, auteur des Pestiférés de Jaffa (musée du Louvre, 1804) et de la Bataille d’Eylau (musée du Louvre, 1808). À plusieurs reprises, il copia les œuvres de son aîné, auquel, pourtant, la critique l’avait opposé. Géricault reprit ici le portrait équestre du frère de Napoléon Ier, Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, que Gros avait exposé au Salon de 1808 (Versailles, musée du Château). Ce fut sans doute quelques années plus tard, au sein même de l’atelier de Gros, qu’il effectua différentes copies de cette œuvre, sans doute d’après une esquisse que Gros avait conservée ; en effet, un dessin est conservé au musée des beaux-arts d’Orléans et une autre version peinte à la Fondation Dosne-Thiers à Paris. La présence de Géricault dans l’atelier de Gros témoignait des liens étroits qui s’étaient établis entre les deux artistes. Gros fut attentif à son jeune confrère pour lequel il rédigea des lettres de recommandation avant son départ en Italie, à l’automne 1816. En 1823, il fut bouleversé par l’agonie douloureuse du jeune artiste, si prometteur.

La passion des chevaux

Fidèle à la composition d’ensemble de la toile initiale, Géricault apporte sa manière singulière à l’exécution de l’arrière-plan. Les violences du champ de bataille, comme dans Le Cuirassier blessé quittant le feu (musée du Louvre, 1814), sont évoquées à l’arrière-plan par une nuée rougeoyante. Il a donné au cheval, très tôt un de ses motifs favoris, une puissance et une vivacité accrues. Sous la robe, le sang de la monture bout. L’entrée de cette toile – jusqu’alors dans une collection privée parisienne – dans la collection du musée Delacroix met en valeur la profonde estime que porta, toute sa vie, Delacroix à ses deux aînés. En effet, il partagea avec Géricault, son très grand intérêt pour Gros, à qui il consacra un article, publié le 1er septembre 1848 dans La Revue des Deux Mondes. Dans les notes préparatoires à cet écrit, il indiquait : « Gros est l’artiste inspiré par excellence. » Lors d’une visite des salles du Louvre, dont son ami Frédéric Villot avait remanié profondément l’accrochage, il nota : « Très frappé surtout de Gros et surtout de la Bataille d’Eylau. Tout m’en plaît à présent. Il est plus maître que dans Jaffa ; l’exécution en est plus libre. » [1er juin 1849] Au sein du dernier appartement et du dernier atelier d’Eugène Delacroix, la présentation du tableau de Géricault permet, pour la première fois en ces lieux, d’évoquer deux artistes majeurs dont les œuvres comme les personnalités ont profondément inspiré les créations picturales et littéraires du peintre. Son entrée dans les collections publiques permettra également d’approfondir les recherches déjà initiées autour du rôle de la copie dans la conception des peintres romantiques, dont la fidélité à la tradition a été profonde.

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