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Théodore Chassériau

Médée furieuse,
d’après Eugène Delacroix

1838 - 1839
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Hommage d’un artiste à son aîné, liant deux grands peintres du XIXème siècle, la Médée furieuse de Chassériau témoigne du rayonnement de Delacroix auprès de ses contemporains. Depuis 2015, elle a toute sa place au sein de son dernier appartement et atelier, lieu de mémoire et lieu d’hommage à sa création.

Une histoire tragique

Delacroix éprouva pour l’histoire tragique de Médée un vif intérêt, sans doute né au théâtre. Trois de ses toiles figurèrent ainsi le douloureux destin de la femme outragée de Jason, le conquérant de la Toison d’or, abandonnée pour la fille du roi de Corinthe. Blessée, Médée sacrifie ceux qui ont le plus de valeur à ses yeux et à ceux de son mari : leurs deux fils.

Présentation au salon de 1838

Eugène Delacroix présenta au Salon de 1838 le premier tableau consacré à cette mère infanticide, figure paroxystique d’une vengeance qui, si elle atteignit Jason, la meurtrit au plus profond d’elle-même. L’œuvre fut acquise par l’État pour être envoyée au musée des Beaux-Arts de Lille.

Elle souligne, avec simplicité, le don de Delacroix pour choisir toujours l’instant décisif. La composition, centrée sur la figure de la reine répudiée, est d’une sobriété remarquable. Réfugiée dans une grotte, Médée tient ses enfants effrayés serrés contre elle ; la tête tournée, elle guette les soldats qui la cherchent. L’irréparable n’a pas encore été commis. Mais le long poignard tenu par l’épouse de Jason comme l’ombre qui masque à demi son visage indiquent au spectateur la fin funeste et inéluctable.

Reprise du thème par Théodore Chassériau

Alors âgé de moins de vingt ans, faisant déjà preuve d’un talent remarquable, Théodore Chassériau (1819-1856) admira la toile de Delacroix au Salon ; ce fut sans doute lors de son exposition au Luxembourg qu’il choisit de la copier. Bien qu’élève d’Ingres, le jeune homme nourrissait pour l’art de Delacroix une vive considération. Il reprit la composition, gardant dans son tableau, de plus petite dimension, les proportions de la toile initiale. Sous l’hommage pointe la manière du jeune artiste. L’ombre voilant le visage de Médée, funeste chez Delacroix, se teinte d’une douceur inédite. L’inquiétude semble faire vaciller la détermination vengeresse. En contrepoint du rouge passé de la robe, Chassériau apporte des touches d’un rose vif sur les seins, la carnation des enfants, le drapé.

Bibliographie

  • Dominique de Font-Réaulx, La fureur de Médée, Chassériau émule de Delacroix, Grande Galerie, n°30, décembre 2014 - février 2015
  • Megumi Jingaoka (dir.), Théodore Chassériau – Parfum exotique, Catalogue d’exposition, Musée national d’art occidental de Tokyo, 2017