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Portrait du comte

Charles de Mornay
Eugène Delacroix

Etude de reliures, veste orientale et figures d’après Goya

vers 1824-1825
Juive d’Alger et rue d’Alger
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Un siècle et demi après qu’elle ait quitté la maison de la place de Fürstenberg lors de la dispersion de son contenu, cette étonnante toile retrouve l’atelier de Delacroix. Elle fut conçue vers 1824-1825, alors que le peintre travaillait aux Scènes des massacres de Scio et à La Mort de Sardanapale. L’artiste brossa rapidement et avec brio ces diverses études sans lien les unes avec les autres, d’après deux couvertures d’évangéliaires, une veste grecque ou turque, et des figures tirées d’une gravure de Goya.

Le jeune peintre avait découvert très tôt l’œuvre du maître espagnol chez ses amis d’enfance Louis et Félix Guillemardet, dont le grand portrait du père, aujourd’hui au Louvre, ornait le domicile familial. Delacroix collectionna avec constance les estampes de Goya qui l’inspirèrent pour nombre de dessins. Ici, il reprend le couple de la planche 27 des Caprices : Qui est plus esclave ?.

Cette esquisse d’un format particulièrement grand pour ce type d’exercice suivit les déménagements de l’artiste jusqu’à sa mort. Signe de son caractère fascinant pour un cercle d’amateurs avertis, elle fut acquise par Philippe Burty, l’exécuteur testamentaire de Delacroix, puis à la mort du célèbre critique, elle fut adjugée en 1891, à l’un des collectionneurs les plus passionnés de l’œuvre de Delacroix, Paul Chéramy, avant de rejoindre, en 1908, la collection de Mme Langweil où elle resta par descendance.

Cette émouvante toile, avec son jeu d’incisions griffonnées dans les empâtements, illumine désormais l’atelier de Delacroix, vibrant témoignage, dans sa modernité, du secret de ce laboratoire de couleurs.

Bibliographie

  • Christophe Leribault, Une fiévreuse esquisse d’Eugène Delacroix in Grande Galerie, mars-avril-mai 2011, n°15.
  • Sous la direction de Brigitte Maurice-Chabard, De Goya à Delacroix, Autun, musée Rolin, 2014.