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Vièle à pique

Pichet à une anse
ghoraf

Fonte à pistolet
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Eugène Delacroix acquit ce pichet à une anse – ghoraf – lors de son voyage au Maroc en 1832. Il chercha, dès les premières semaines de son voyage au Maroc, à réunir des objets qui lui offriraient de conserver vivaces les souvenirs éblouis de son périple de 1832, auprès de la mission diplomatique française conduite par le comte de Mornay. Il conserva l’ensemble de ces objets dans son atelier et les utilisa comme sources d’inspiration à ses tableaux marocains. Soucieux de leur préservation, il les légua au peintre Charles Cournault ; c’est le petit-fils de Charles, Etienne Cournault, qui les prêta au peintre Maurice Denis (1870-1943), fondateur du musée, pour l’exposition inaugurale, Delacroix et ses amis, en juin 1932.

Cette belle collection fut et demeura ainsi une collection de peintres.

Des palettes marocaines

Le Pichet à une anse (ghoraf) forme un groupe très cohérent avec les autres céramiques ramenées du Maroc par Delacroix. Toutes sont en faïence à décor polychrome sur fond blanc. Leur décor est une adaptation des motifs végétaux et géométriques des céramiques d’Iznik (en Turquie) qui ont été exportée dans tout l’empire ottoman du 16e au 18e siècle. Ces décors marocains sont plus frustres que leurs modèles, mais leur palette plus riche comprend du jaune absent des productions d’Iznik.

Grâce à la glaçure de la céramique qui les protège, ces objets ont conservé leurs couleurs intactes. Ce fut sans doute pour cette vivacité colorée que Delacroix les avait acquis. Elle permettait d’offrir une référence pour ses œuvres d’inspiration marocaine. Sa collection de céramiques marocaines forme ainsi autant de palettes choisies.

Un décor du début du 19e siècle

La collection du musée Delacroix est la seule à comprendre des céramiques marocaines pour le début du 19e siècle. Les autres collections publiques de céramiques marocaines existantes sont plus récentes. Il semble que le type de décor qu’on observe sur la série possédée par Delacroix ait été remplacé ensuite par des décors plus fins et plus denses que l’on retrouve sur les productions marocaines actuelles.

Une adaptation de la chope musulmane

La forme du Pichet à une anse est une adaptation d’une forme de chope ottomane bien connue dès le 16e siècle. Elle va perdurer dans la production marocaine par la suite. Le décor est organisé en deux registres, séparés par deux lignes superposées à la hauteur supérieure de l’anse. Le col est décoré de rayures verticales dont les champs colorés de manière alternée, sont bleus ou jaunes. La panse au registre inférieur, est décorée d’un fond végétal de palmettes où alternent quatre mandorles abritant chacune un motif végétal bleu. Des plumeaux meublent les écoinçons. Du minium est rajouté sur la lèvre. La glaçure blanche de cette faïence est d’un aspect laiteux.

Bibliographie

Dominique de Font-Réaulx (dir.), Delacroix, Objets dans la peinture, souvenir du Maroc, catalogue d’exposition (musée Eugène-Delacroix, automne 2014), Louvre/Le Passage, 2014.