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Eugène Delacroix

Etude pour Jacob luttant avec l’Ange

1850-1856
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Parmi les sujets peints par Delacroix pour la chapelle des Saints-Anges de l’église Saint-Sulpice à Paris, la Lutte de Jacob avec l’Ange est certainement l’une des compositions les plus puissantes de l’artiste. Si elle exalte au premier regard la beauté de la nature avec ses arbres immenses aux troncs tortueux, son sujet principal reste le couple de lutteurs qui, au terme d’un combat où se joue la destinée humaine, voit Jacob blessé mais invaincu.

La genèse d’une œuvre

Delacroix reçut la commande du chantier de Saint-Sulpice en 1849. D’autres chantiers retinrent le peintre loin de l’église. Il s’y dédia pleinement à partir de 1856, s’installant, en décembre 1857, rue de Fürstenberg, tout près de l’église.

Une attaque frontale

Delacroix avait étudié la posture des deux protagonistes avec une attention extrême ; la recherche de l’équilibre de leurs forces mûrit au fil des esquisses, aboutissant à cette représentation où l’ange résiste comme un immortel attaqué par un homme avec une aisance indifférente. (Théophile Gautier). Ce dessin à la mine de plomb est composé en triangle ; l’ange domine, tandis que Jacob s’arc-boute avec effort, comme dans la peinture finale.

L’attaque frontale de Jacob, le genou haut levé, marque sa détermination absolue au combat : la composition définitive conserve ce même mouvement offensif.

D’un crayon rapide et léger, Delacroix suggère presque un mouvement dansant où l’Ange aux ailes juste esquissées pare l’attaque et blesse Jacob à la cuisse. Le peintre a choisi de représenter deux jeunes gens dans la force de l’âge, dont la force physique est manifeste. Il s’est nourri des modèles antiques qu’il connaissait bien.

Un combat esthétique ou spirituel

La Lutte de Jacob avec l’ange est devenu après la mort de Delacroix une des incarnations d’un combat esthétique, incarnant le corps à corps de l’artiste avec son œuvre, avec sa destinée. Delacroix avait évoqué la puissance de ce combat dans ses écrits, faisant une analogie entre l’œuvre et sa conception picturale.

La peinture me harcèle et me tourmente de mille manières à la vérité, comme la maîtresse la plus exigeante ; depuis quatre mois, je fuis dès le petit jour et je cours à ce travail enchanteur, comme aux pieds de la maîtresse la plus chérie ; ce qui me paraissait de loin facile à surmonter me présente d’horribles et incessantes difficultés. Mais d’où vient que ce combat éternel, au lieu de m’abattre, me relève, au lieu de me décourager, me console et remplit mes moments, quand je l’ai quitté ?

(Eugène Delacroix, Journal, 1er janvier 1861).

Bibliographie

  • Maurice Sérullaz, Delacroix, Peintures murales, Paris, Ed. du Temps, 1963.
  • Dominique de Font-Réaulx et Marie Monfort (dir.), Une Lutte Moderne, De Delacroix à nos jours, catalogue d’exposition (11 avril – 23 juillet 2018) Musée Delacroix, éd. Le Passage, éd Musée du Louvre.