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Roméo et Juliette au tombeau des Capulets
Eugène Delacroix

L’Education de la Vierge

1842
Madeleine dans le désert
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Je viens de voir en rentrant dans le parc un motif de tableau superbe, une scène qui m’a beaucoup touché. C’était votre fermière, avec sa petite fille. J’ai pu les regarder tout à mon aise derrière un buisson où elles ne me voyaient pas. Toutes deux étaient assises sur un tronc d’arbre. La vieille avait une main posée sur l’épaule de l’enfant qui apprenait attentivement une leçon de lecture.

(Propos Rapportés par Alfred Robaut, rédacteur du premier catalogue raisonné de l’œuvre du peintre)

Nohant , une atmosphère propice à la création

Delacroix a exécuté ce tableau au cours d’un séjour chez George Sand à Nohant dans le Berry, en juin 1842, et le destinait à l’église du village dont sainte Anne était la patronne. Venu, selon ses propres termes, avec l’intention de ne rien faire, le peintre avait éprouvé très vite le besoin de se remettre au travail :Je vais m’amuser avec le fils de la maison à entreprendre un petit tableau pour l’église du lieu (lettre à Jean-Baptiste Pierret, 7 juin 1842).

Comme il n’avait pas de toile sous la main, Delacroix demanda au fils de la romancière, Maurice, à qui il donnait des cours de peinture, de l’aider à en fabriquer une à partir d’un coutil de fil que George Sand utilisait pour ses corsets. Il se fit en outre envoyer rapidement de Paris les couleurs nécessaires.

Le profane et le sacré

Bien qu’évoquant un sujet religieux, cette peinture ne reprend pas les codes traditionnels des représentations de la vierge. Sainte Anne et Marie, au milieu de frondaisons de verdure, portent des vêtements intemporels, et aucun détail ne vient éclairer leur identité. Le seul élément conforme à la tradition iconographique est la présence de buissons de roses alignés, symbole de la virginité de Marie, mais aussi de ce qui l’attend. De la même manière que pour le tableau La madeleine au désert, le spectateur serait bien en mal de reconnaître une scène religieuse sans le titre de l’œuvre. Il pourrait également s’agir d’un hommage à l’hôtesse de Delacroix : George Sand était en effet très investie dans l’éducation des filles. Celle-ci considérait que l’éducation des femmes, quelle que soit leur condition sociale, était une condition sine qua non de leur émancipation, sujet qui fut sûrement abordé pendant des longues discutions qui avaient lieu lors des soirées de Nohant.

Bibliographie

  • Christophe Leribault (dir.), Delacroix, Othoniel, Creten, Des Fleurs en hiver, Paris, Editions du Louvre/Editions du Passage, 2012, catalogue de l’exposition au musée Eugène-Delacroix, décembre 2012-mars 2013
  • Dominique de Font-Réaulx (dir.), Maurice Denis et Eugène Delacroix, de l’atelier au musée, Paris, Editions du Louvre / Editions du Passage, 2017, catalogue de l’exposition au musée Eugène-Delacroix, mai-août 2017