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Orphée venant policer les Grecs et leur enseigner les arts de la paix
Eugène Delacroix

Charles Quint au monastère de Yuste

Etude pour l’Hommage à Delacroix
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Ce tableau fut exécuté par Delacroix pour son élève et amie Marie-Elisabeth Boulanger-Cavé. Saint empereur romain, régnant sur l’Allemagne, l’Espagne, les Pays Bas, Naples et la Sicile durant la première moitié du XVIème siècle, Charles Quint renonce au pouvoir temporel pour se consacrer au Salut de son âme, acte qui a sans doute frappé Eugène Delacroix.

Un tableau mélancolique

Vu à mi-corps, Charles Quint (1500 – 1558) est représenté jouant du clavecin ou de l’épinette, en hommage à l’amour que le souverain portait à la musique. Les yeux détachés de la partition, l’empereur semble s’abandonner à une profonde méditation et se détourne du monde que l’on aperçoit par l’ouverture. Un moine se tient derrière lui et l’écoute respectueusement à travers la fenêtre. La scène, entre ombre et lumière, est teintée de mélancolie et invite le spectateur à la méditation.

Delacroix et Marie-Elisabeth Cavé

Delacroix réalisa Charles Quint au monastère de Yuste pour son amie et élève Marie-Elisabeth Boulanger-Cavé (1809-après 1875), qu’il rencontra lors d’un bal masqué du carnaval de 1833, organisé par l’écrivain Alexandre Dumas (1802 – 1870). Les deux artistes eurent probablement une relation amoureuse jusqu’en 1839, qui se mua après un voyage en Flandres en une amitié durable. Marie-Elisabeth est auteur d’un traité sur le dessin, véritable méthode d’apprentissage, que Delacroix contribuera à faire connaître et qu’il préfacera.

Charles Quint, un sujet cher à Eugène Delacroix

Le personnage de Charles Quint frappe particulièrement l’imaginaire romantique : l’empereur, très cultivé, appréciait énormément la musique. Eugène Delacroix confie son admiration pour Charles Quint dans son Journal, le 15 mai 1853 :

Je vois avec plaisir […] que c’était un grand homme doué de beaucoup d’énergie et en même temps de qualités aimables. […]. Charles Quint a eu, comme un autre, ses faiblesses ; il était très brave aussi et plein de bontés et d’indulgence pour ceux qui l’approchaient. Le chagrin qu’il conçut de la mort de sa dernière femme contribua beaucoup à lui faire prendre la résolution qui mit fin à son rôle sur la scène du monde.

Delacroix exécuta trois versions de Charles Quint au monastère de Yuste, l’une en 1831, une autre en 1837, dont le musée Delacroix possède deux dessins préparatoires, et la dernière en 1838, aujourd’hui disparue.

Bibliographie

  • Arlette Sérullaz, Acquisitions dans la Revue du Louvre, 3-1987.
  • Journal de Delacroix, Michèle Hannoosh (Janvier 1855 et 15 Mai 1853).
  • Jobert B., Delacroix, Paris, Gallimard, 1997.